In My Mind

La vie dans les gares, le soir, après 22h…

danslesgares

Je l’ai su dès le matin. Enfin non, pour être tout à fait honnête, je m’en suis doutée dès la veille. Quand j’ai vu que j’avais réservé un billet de train qui allait me faire lever très très tôt, et que j’avais pris le dernier retour possible sur la même journée, j’ai vite compris. La journée allait être longue, sans doute trop.

Sur place, j’ai eu de la chance. Du beau temps, même si encore un peu frais. Mais dès l’après-midi, mon appareil photo était en batterie faible. J’ai continué à profiter de ma journée, mais j’ai eu l’impression de tourner en rond, avec une sensation de vide à l’intérieur de moi.

Quand j’ai attrapé le thalys, j’ai été rassurée, même si j’étais lessivée. Puis je suis arrivée à la gare de Bruxelles-midi à 22H12. Il me restait presque une demi-heure à patienter avant le train qui me ramènerait à la maison. Enfin. Le sac en bandoulière, les mains dans les poches de ma doudoune fermée jusqu’au cou, je me suis assise pas trop loin de mon quai, dans le couloir central. Je me suis sentie un peu rassurée, par les policiers que j’ai croisé. Par le peu de gens présents aussi. J’avais besoin de me retrouver dans ma bulle. Et puis il y avait de quoi observer. On voit de tout dans une gare, à cette heure-là. L’heure des derniers trains.

J’ai vu à la fois un SDF s’installer à terre dans un recoin propre et peu éclairé. J’en ai vu passer un autre, qui marchait une bouteille d’alcool à la main. Je me suis demandée ce qu’on essaie d’oublier à ce point? la vie qu’on avait avant? celle qu’on aura jamais? oublier qu’on est l’oublié des autres?

Il y avait aussi des adolescents qui traînaient un peu. Qui essaient de se montrer. Il y a d’autres langues parlées. Il y a le calme qui s’installe au fur et à mesure que les minutes s’égrènent. Il y a cette femme qui s’installe à côté de moi, comme ça, tout à coup, mais je suis tellement lassée que je ne sursaute pas. Qui me dit « excusez moi, je suis complètement déchirée. Je dois aller à Ath mais je ne sais plus lire les panneaux. C’est quel quai? », le tout sur un ton qui laisse supposer qu’elle est déjà très loin. J’essaie de lui expliquer. Elle se lève et me promet que c’est la dernière fois que ça arrive, qu’elle ne boira plus jamais comme ça. Je souris légèrement. On dit toujours ça. En partant, elle tire la langue de façon bruyante à l’accompagnateur de train assis un peu plus loin, qui ne la regardait même pas.

Je vois passer un mec mignon. Puis un autre. Celui-là me suivra du regard. Quand je monterai sur le quai, je le verrai repasser avec sa copine, en la tenant par la main…et en le voyant me jeter un coup d’oeil encore. Il y a des choses qui ne changent jamais, comme les mecs qui vont chercher leurs copines à la gare.

Sur le quai, je me tiens éloignée d’un gars qui à l’air déchiré lui aussi, mais bizarrement je soupçonne que ce n’est pas à l’alcool. Je m’installe sur un siège confortable. Je serai bientôt chez moi. Dans le wagon, une fille et un garçon joue à se taper dessus. Les claques qui résonnent m’énerve, je leur lance des regards furibonds. Puis je me rends compte que ça y est, je suis officiellement adulte et plus toute jeune. Ces jeux débiles d’adolescents, j’y ai joué aussi. Mais c’est loin tout ça.

Une rangée en arrière sur ma droite, un homme aux traits asiatiques lit. Il a les tempes qui grisonnent légèrement, et je trouve son calme assez attirant. Il lit « les insectes en 300 questions-réponses ». Je me demande si je dois le classer dans la catégorie érudit ou juste chiant. Il semble envoyer des messages avec un gsm vieux, assez vieux pour ne pas avoir d’applications. Il embraie avec un roman. Je lui lance des regards discrets. Combien de fois, plus jeune, je n’ai pas rêvé de rencontrer quelqu’un, comme ça. Combien de fois me suis-je rendue compte depuis que ça se passait rarement comme ça.

Le calme s’est installé et berce tout le monde. Mon arrêt est le terminus, comme nous le rappellera l’accompagnatrice de train dans son annonce, tellement pleine d’énergie et avec une voix forte, au point qu’on a tous sursauté. C’est à ce moment là que cet homme et moi, on s’est regardé et on a sourit, limite rigolé. Réveil assuré.

En attendant que le train s’arrête au quai, je vois l’accompagnatrice discuter avec le type déchiré que j’essayais d’éviter. Il semblerait qu’ils aient une connaissance commune. Cette femme à une énergie du tonnerre, à presque minuit. Ecouter ce type complètement arrangé, dans son discours hébété, fait sourire l’homme. Qui se retourne et me sourit à nouveau, pour cacher son envie de rire. Je descend sur le quai. Il prendra à gauche, et moi à droite.

La seule preuve que je n’ai pas trop changé, c’est que je me suis retournée à un moment, au cas où… mais chacun va là où il doit aller.

La vie dans les gares le soir, c’est un peu comme un rêve étrange. Tout nous paraît possible, mais au réveil il n’y a plus rien.
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