Un féminisme indépendant

Dessin by Claarrraaaa sur Weheartit

Je ne pensais pas devoir écrire un article sur ce thème, mais une récente lecture m’a énervée et poussée à venir expliquer ma vision du féminisme. Cet ouvrage fait pourtant un tabac sur les réseaux sociaux, enfin surtout le nouveau livre de l’auteur Mona Chollet (à savoir, le nouveau, c’est Sorcières). Pour ma part, je m’étais attelée à « Beauté Fatale » qui semblait prometteur, avec dans le résumé : « le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que part la séduction,… »,je vous passe le reste.

J’ai choisi de le lire car ce résumé faisait écho en moi. A l’approche tout doucement de la quarantaine, ce n’est pas facile d’être en paix avec son image. Il est facile de se rendre compte que dans la presse, à la télévision, les femmes ont tendance à disparaître passé une certaine tranche d’âge. Ou alors, elles se doivent d’être bien conservées. Qu’elle ne fut pas ma surprise, par exemple, de retrouver Sandra Bullock dans Bird Box en femme enceinte au début du film, avec un physique irréprochable, à … 54 ans! Il faut reconnaître l’exploit de l’entretien de son physique, mais il faut reconnaître que c’est en soi peu réaliste.

Et là, la découverte de ce livre. Si la plupart des idées en soi sont pertinentes, quelle déception quant au ton utilisé. Quels raccourcis parfois aberrants. Ou comment tout ramener au patriarcat, à la place que nous laissent les hommes dans la société, ce vécu de femme-objet en permanence. Si certains détails m’ont fort intéressés, tourner (quasi) uniquement le sujet sur le monde de la mode, du cinéma et de la télévision m’a semblé bien bancal. Aller jusqu’à descendre le « it-bag », certaines blogueuses, et pousser jusqu’à avoir décortiqué les commentaires laissés sur les-dits blogs…Non, franchement non.

Ce n’est pas parce qu’on aime un objet, ou la mode, qu’on est superficielle. Je ne suis pas branchée mode, mais je ne pense pas que la critique d’un objet mode tel le it-bag, ou tout renvoyer à ce milieu, ou aux hommes comme origine unique de la pression de l’apparence, est pertinent dans ce cas. Ce n’est pas non plus parce qu’on aime un objet mode qu’on est totalement soumise à la vision de la société sur notre personne.

Est ce que, quand je m’inquiète du changement dans mon corps avec l’âge qui avance, je me vois uniquement en terme de « séduction » par rapport à un homme? Non. Ce qui me fait peur, c’est le changement de mon corps, ne plus être celle que j’ai toujours connue, voir un corps se flétrir, et derrière tout ça, sans doute l »image d’une femme vieillissante se dirigeant vers la maladie et la mort. Est ce que la télévision, par contre, m’apporte une dose d’anxiété face aux modèles vieillissants impeccables? oui bien sûr, cette illusion de jeunesse éternelle inatteignable « en vrai » ne sert pas vraiment à calmer mes angoisses.

Autre point qui m’a fait tiquer (le terme est faible), le long parallèle entre la vécu de l’actrice Portia de Rossi, et son anorexie, avec « la vision que la société se fait des femmes et l’amplifient en retour. Mais surtout, l’anorexie découle d’une conception du corps héritée de la philosophie grecque, puis chrétienne; une conception dont la société toute entière est imprégnée. ». Hum…si l’influence des standards de la société peut jouer dans l’anorexie, il faut quand même rappeler que :

« Les troubles alimentaires comme l’anorexie mentale ne dépendent pas d’une cause déterminante, mais de multiples facteurs génétiques et psychologiques. Des événements personnels comme des troubles familiaux (deuil, divorce…) ou sociaux (sentiment de rejet, d’isolation) jouent un rôle déterminant dans l’apparition de la maladie.

Des recherches ont également permis d’identifier des gènes associés à des comportements que l’on retrouve chez les personnes anorexiques comme la dépression ou la compulsion. Cependant, elles n’ont pu mettre en évidence aucun gène clairement spécifique à l’anorexie mentale. » (source : Maxisciences.com)

Merci donc de ne pas ramener l’anorexie à « uniquement » une vision sociétale de la femme, instaurée par les hommes.

Non, je n’ai pas été convaincue par cet ouvrage, son ton moralisateur, et ses nombreux jugements.

Suis-je féministe? oui bien sûr. Mais comme dans d’autres combats, je prône l’ouverture au dialogue au maximum possible pour faire changer les choses. Est-ce qu’il y a des trolls, c*** misogynes indécrottables? oui bien sûr. En témoigne encore une soirée ou en tout que femme « de », mon interlocuteur s’est uniquement adressé à mon compagnon, pour parler de sujets sensibles comme la politique. Oui, bien sûr. Mais pour une partie, beaucoup de comportements misogynes sont répétés « par habitude ». Dialoguer, faire prendre conscience, expliquer les différences, sont pour moi une meilleure attitude que juger et décrier.

Enfin, toujours de mon point de vue, à force de vouloir faire des généralités, n’oublions pas notre individualité avant tout. Deux femmes ne se ressemblent pas, deux hommes non plus, alors dans le cas d’un homme et une femme…. Je ne vise donc pas « uniquement » l’égalité hommes-femmes, mais bien l’équité (« L’équité des sexes est le processus d’attribuer équitablement les ressources, les programmes et le processus décisionnel aux hommes et aux femmes sans discrimination fondée sur le sexe… et de corriger les déséquilibres dans les avantages offerts aux hommes et aux femmes. »).

Enfin, si le sujet du féminisme vous intéresse, je vous conseille plutôt l’excellent « Libérées » de Titiou Lecoq, qui m’a semblé plus pertinent de manière globale.

5 commentaires sur « Un féminisme indépendant »

  1. Personnellement ce n’est pas du tout comme ça que j’ai compris le propos de Mona Chollet, elle nous parle des injonctions qui sont faites et des ravages d’une certaine conception de la beauté, de la pression énorme qui est mise aux femmes… Je n’ai pas perçu d’aspect moralisateur par rapport aux femmes qui s’épileraient, se maquilleraient etc (d’ailleurs elle ne revendique pas le fait de s’être affranchie de tout ça ?). Après c’est certain que ce n’est qu’une facette de la lutte et que tout ramener à ça serait problématique. Peut être aussi que depuis 2012, publication du bouquin, c’est des aspects qui sont assez largement assimilés et qu’enfoncer le clou là dessus paraît moins nécessaire ? (je ne sais pas, c’est une hypothèse). Je n’ai pas encore lu Sorcières, tu l’as lu du coup ?

      1. J’ai pas un souvenir très précis du livre alors j’ai peut être oublié la tonalité aussi. C’est toujours un équilibre delicat de parler d’aliénation. Est-ce qu’à l’inverse tu as eu l’occasion de parcourir des livres ou d’autres ressources sur les injonctions physiques faites aux femmes qui te semvlent moins tomber dans ce qui te dérange ?

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